The practice is there if you are willing to sign up for it. And the practice will open the door to the change you seek to make." (La pratique est là, si vous acceptez de vous y inscrire. Et elle ouvrira la porte au changement que vous cherchez à accomplir.)
SETH GODIN
Je lis cette phrase dans The Practice de Seth Godin, le livre ouvert sur mes genoux. Mon esprit se détache du texte. Des souvenirs remontent, un par un, puis en cascade et se posent tous sur la même image : mon expérience dans l’éducation alternative. Je regarde ce souvenir défiler devant mes yeux, comme un film qu’on n’a pas revu depuis longtemps. Oh oui. La pratique ouvre la porte au changement. Oui, c’est possible.
Ce souvenir a un nom, un lieu : Meitar, une école libre en Israël.
Pour le contexte : les enfants de 4 à 12 ans y sont invités à se découvrir et à nourrir leur curiosité naturelle. Il y a une structure, des rituels, des cours proposés, mais l’enfant reste décisionnaire de son parcours, libre d’y participer ou non. Comme tout système, elle a ses forces et ses failles. Mais ce qu’elle solidifie chez l’enfant, c’est la curiosité intacte, la soif d’apprendre, et une maturité relationnelle qui ne passe pas par la hiérarchie.
J’avais trente-six ans, trois enfants en bas âge, et beaucoup de doutes sur ma capacité à être une bonne mère. Comme toute mère, je voulais faire de mon mieux. Alors je suis partie sur un voyage d’auto-éducation. Je me suis souvenue d’un livre qui m’avait marquée à l’adolescence, « Libres enfants de Summerhill » d’Alexander S. Neill. Ce fut mon point de départ. J’ai commencé à avaler toute la littérature sur l’éducation alternative qui croisait mon chemin.
J’ai entendu parler de Meitar dans la famille, un cousin l’avait créée. Je suis allée voir. J’ai été fascinée : c’était l’incarnation de tous ces livres que je dévorais. Je voulais comprendre, apprendre. Je me suis proposée comme bénévole. Un jour par semaine, puis deux.
Au début, j’étais tétanisée. J’avais tellement de doutes sur ce que je pouvais bien apporter dans cette école. Les enseignants avaient tous des années d’expérience, une communication avec les enfants qui semblait couler de source. Pas moi.
Comment apprendre quelque chose de nouveau, comment se lancer sans être prête ? Je n’avais pas la réponse. J’avais juste envie de rester.
Et puis il y a eu le souvenir de ma grand-mère. Chez elle, tous les mercredis : les bouts de tissus et la couture main, les collages, les feuilles ramassées au parc encore humides, les glands qu’on alignait sur la table comme un trésor. De doux souvenirs qui ont fait du travail manuel un geste aussi naturel pour moi que respirer.
Alors à l’école, j’ai ouvert une table d’activités manuelles. Les enfants de ma section avaient entre 4 et 8 ans. Petit à petit, je leur ai appris à faire confiance à leur créativité. Ce que je leur apportais, au fond, ce n’était pas une technique : c’était cette certitude que tout est possible. Tu as une envie, une idée, il existe un chemin pour la traduire en réalité. C’est un processus, un apprentissage de gestes, une pratique qui transforme une idée en objet qu’on peut tenir dans les mains. Et les enfants découvraient des capacités qu’ils ne soupçonnaient même pas. On a construit ensemble des projets magnifiques, individuels et collectifs. C’était une aventure quotidienne.
Ce que cette expérience m’a appris, c’est que c’est possible et que chacune d’entre nous a une particularité à offrir à l’ensemble. Quand je suis arrivée, j’étais convaincue d’être « nulle », parce que je n’avais pas ce côté thérapeutique, cette empathie naturelle qu’avaient les autres enseignants. J’ai appris à apporter ma force à moi : cette capacité à être dans l’action créative, naturellement. Ça me venait sans effort, et je l’ai transmise sans effort. En parallèle, j’ai renforcé mon empathie en observant comment les autres faisaient. Au final, j’ai été intégrée à l’équipe à temps plein quand une place s’est libérée.
Je suis restée plusieurs années dans cette école. J’ai évolué, appris à apporter toutes les facettes de ma personnalité, ma vision, mon ambition. J’aime mener, faire bouger les choses, j’ai terminé cette aventure comme co-directrice pédagogique de la petite section.
Aujourd’hui, avec le recul, j’ai gardé cette confiance dans mon travail auprès des enfants. Je sais ce que j’apporte, mes forces, mes faiblesses. Le doute sur ma capacité à élever mes enfants a disparu. Rien n’est parfait, il y a toujours à améliorer mais si je l’ai fait une fois, je sais que je peux le refaire.
Alors oui. C’est possible.
La pratique était là. Il a juste fallu s’inscrire.


